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  • Photo du rédacteurMarie Cadot

Robert Badinter, un homme aux multiples combats

Robert Badinter nous a quittés le 9 février dernier, à l’âge de 95 ans.


Connu du grand public pour son discours du 17 septembre 1981 devant l’Assemblée nationale pour l’abolition de la peine de mort, il en a été à la fois l’action et la signature.


Le combat contre la peine de mort de Robert Badinter commença en 1972 après avoir assuré la défense de Roger Bontems dans l’affaire Buffet-Bontems de deux otages assassinés à la Centrale de Clairvaux.


« On ne peut pas condamner à mort un homme qui ne l’a pas donnée, on ne le peut pas »

Bien que la Cour ait reconnu que Roger Bontems n’avait pas tué, celui-ci a été condamné à mort.


Roger Bontems sera guillotiné le 28 novembre 1972.


Robert Badinter assistera à cette exécution.


C’est en la quittant que Robert Badinter s’est promis de ne plus jamais accepter cette « justice qui tue ».


Il devient alors l’avocat de l’abolition.


En 1973, il écrit « L’Exécution » relatant le procès qu’il venait de vivre.




« La guillotine rend tout dérisoire »

« Le couper en deux, cela ne dissuadera rien ni personne »

Abolitionniste convaincu. Il assurera la défense et sauvera de la guillotine six condamnés à mort :

  • Patrick Henry en 1976 : coupable d’enlèvement et de meurtre d’un enfant de 7 ans ;

  • Michel Bodin en 1977 : coupable de l’assassinat d’un retraité le 28 novembre 1975 ;

  • Mohamed Yahiaoui en 1978 : coupable du meurtre d'un couple de boulangers le 27 décembre 1975 ;

  • Michel Rousseau en 1979 :  coupable du meurtre d’une enfant de sept ans le 1er avril 1976 ;

  • Jean Portais en 1979 : coupable du meurtre d’une jeune femme lors du braquage d’une bijouterie, puis du meurtre d’un policier qui l’avait interpellé, crimes qui remontent à 1968-1969 ;

  • Norbert Garceau en 1980 : coupable du meurtre d’une jeune femme le 9 janvier 1978.


Robert Badinter se rend compte que l’abolition de la peine de mort relève d’un combat politique, il convainc alors François Mitterand de l’inscrire dans son programme politique (53e proposition du candidat socialiste).


Succédant à Maurice Faure, Robert Badinter est nommé Ministre de la Justice le 2 juillet 1982.


Il rédigera alors lui-même au marqueur noir le projet de loi d’abolition de la peine de mort et prononcera le discours que nous connaissons tous, le 17 septembre 1981, devant l’Assemblée nationale.


À 19h28 l’Assemblée nationale vote l’abolition la peine de mort.


*


Robert Badinter a également mené d’autres combats.


Il batailla notamment en 1982 pour sortir les homosexuels de la clandestinité.


Avant 1982, la « loi 744 » signée par Pétain portait la majorité sexuelle des rapports hétérosexuels à 15 ans, contre 21 ans – 6 ans de plus – pour les relations homosexuelles discriminant ainsi l’homosexualité. Cette loi restera dans les codes français après la Libération.


La distinction discriminatoire dans l’âge entre rapports homosexuels et hétérosexuels fut officiellement supprimée lors de la promulgation de la loi Forni le 4 août 1982, abrogeant ainsi définitivement le « délit d’homosexualité ».


Avec cette loi Forni, Robert Badinter, aux côtés de Gisèle Halimi, rapporteuse de la loi, dépénalise l’homosexualité.


13 années plus tard, en 1995, Robert Badinter rédige une pièce de théâtre 3.3.C. concernant le procès de l’écrivain Oscar Wilde condamné pour son homosexualité en 1895.


Au-delà de son action en France, Robert Badinter a pris position pour une dépénalisation universelle de l’homosexualité.


Par ailleurs, il s'est investi dans l’amélioration des conditions carcérales :

  • en supprimant en 1982 les quartiers de haute sécurité;

  • en accordant le droit d’avoir une télévision dans les cellules en 1985 ;

  • en réformant la médecine carcérale en 1994.


*


Avocat, docteur en droit, écrivain, politicien, Robert Badinter était un intellectuel dans l’action.


Ce défenseur des causes justes a marqué notre Histoire.



Les avocats et magistrats du Barreau de Paris se sont réunis devant la Cour d’appel de Paris, le mardi 13 février dernier, pour lui rendre un hommage silencieux.



Crédits photographiques :

Photo n° 2 : Extrait de « L’Aurore », 29 novembre 1972. Après l’exécution, Me Lemaire, bouleversé, s’effondre sur l’épaule de Me Robert Badinter.


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