Créer une société en Andorre sans y résider : capital, banque et résidence fiscale
Créer une société en Andorre attire de nombreux entrepreneurs francophones pour sa fiscalité lisible, sa proximité avec la France et l’Espagne, et son cadre juridique stable. Mais le projet ne se résume pas à déposer un capital social : il faut vérifier la résidence fiscale, obtenir les autorisations nécessaires, ouvrir un compte bancaire et donner une réalité locale à l’activité.
La bonne approche consiste à distinguer trois sujets souvent confondus : la création juridique de la société, son fonctionnement bancaire et fiscal, puis la situation personnelle du dirigeant. Cette séparation permet d’évaluer si la création société Andorre est pertinente, légale et durable pour un projet donné.
Créer une société en Andorre sans y résider : possible, mais encadré
Un non-résident peut détenir une société andorrane, y compris avec un capital étranger important, voire total dans une grande majorité de secteurs. La loi du 21 juin 2012 a ouvert l’économie andorrane aux investissements étrangers, ce qui a rendu le pays beaucoup plus accessible aux entrepreneurs internationaux.
Cette possibilité ne signifie pas que tout montage est automatiquement neutre fiscalement. Une société peut être immatriculée en Andorre, tandis que son dirigeant reste résident fiscal en France, en Belgique, en Espagne ou ailleurs. Dans ce cas, l’administration du pays de résidence peut regarder le lieu réel de direction, les clients, les moyens humains, les décisions stratégiques et les flux financiers.
Investisseur étranger et autorisation préalable
Lorsque l’investisseur étranger détient une participation significative, une autorisation gouvernementale peut être exigée avant la constitution. Elle peut notamment intervenir au-delà de 10 % du capital. Cette étape sert à identifier les bénéficiaires effectifs, l’origine des fonds et la nature de l’activité projetée.
Il faut généralement préparer une pièce d’identité, un extrait de casier judiciaire selon le profil, des justificatifs d’adresse, une description de l’activité, la répartition du capital et parfois des documents bancaires. Plus le dossier est cohérent, plus la banque et l’administration peuvent l’examiner rapidement.
Résidence personnelle et risque de requalification
Créer en Andorre ne transfère pas automatiquement votre résidence fiscale. La résidence dépend de critères personnels : foyer, durée de présence, centre des intérêts économiques, lieu de direction effective. La règle des 183 jours est souvent citée pour certaines démarches, mais elle ne suffit pas à elle seule à sécuriser une situation transfrontalière.
Le point sensible se situe entre la société et son dirigeant. D’un côté, une personne morale andorrane avec un siège, un NRT, un compte et une comptabilité. De l’autre, une personne physique qui vit, décide, facture parfois et consomme ailleurs. Si cette articulation se fragilise, le montage devient moins solide. Avant même de choisir un statut, il faut donc se demander où sont prises les décisions, où se trouvent les preuves d’activité et quelle cohérence le dossier présente en cas de contrôle.
SL, SLU ou SA : choisir la forme adaptée au projet
Le choix du statut juridique influence le capital social, la gouvernance et l’image de la société. En pratique, les entrepreneurs individuels, consultants, e-commerçants ou petites structures privilégient souvent la SL ou la SLU. La SA convient davantage aux projets plus capitalisés, avec plusieurs actionnaires ou une ambition institutionnelle plus marquée.
| Forme sociale | Capital minimum | Usage courant | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| SL | 3 000 € | Petite ou moyenne société avec plusieurs associés | Bien organiser les pouvoirs et la répartition du capital |
| SLU | 3 000 € | Société unipersonnelle, consultant, indépendant, holding simple | Ne pas confondre simplicité juridique et absence d’obligations |
| SA | 60 000 € | Projet plus structuré, investisseurs, développement important | Coût d’entrée et gouvernance plus lourds |
La SLU, souvent la plus simple pour démarrer seul
La SLU correspond à une société à responsabilité limitée détenue par un associé unique. Elle permet de créer une structure claire, avec un capital minimum de 3 000 €, tout en séparant le patrimoine personnel et l’activité professionnelle. Pour un entrepreneur qui facture des prestations de conseil, développe une activité digitale ou gère une structure patrimoniale simple, c’est souvent la forme la plus lisible.
Cette simplicité ne dispense pas de justifier la substance économique : adresse de domiciliation, activité réelle, comptabilité, relations bancaires, contrats et cohérence entre le lieu de vie du dirigeant et le fonctionnement de l’entreprise.
La SA, utile seulement pour certains projets
La Societat Anònima demande un capital minimum de 60 000 €. Elle peut convenir à des projets avec plusieurs investisseurs, une levée de fonds, une activité réglementée ou une volonté d’afficher une structure plus robuste. Pour une activité de services exercée seul, elle est rarement indispensable.
Avant de choisir une SA, il faut donc comparer le gain d’image avec les coûts, la gouvernance et les obligations associées. Un statut plus imposant n’est pas toujours plus efficace fiscalement ni plus convaincant pour une banque.
Les étapes administratives à prévoir avant de facturer
La création suit un ordre logique. Certaines démarches dépendent des précédentes. On ne signe pas l’acte de constitution sans capital déposé, et on ne lance pas l’activité commerciale sans autorisation locale. Un accompagnement spécialisé peut éviter les allers-retours, surtout lorsque les associés sont non-résidents.
- Définir l’activité, les associés, la répartition du capital et le statut juridique.
- Réserver la dénomination sociale auprès des autorités compétentes. Le certificat est valable 6 mois.
- Demander, si nécessaire, l’autorisation d’investissement étranger.
- Obtenir une adresse de domiciliation ou un siège social en Andorre.
- Ouvrir un compte bancaire professionnel et déposer le capital social.
- Signer l’acte notarié de constitution.
- Immatriculer la société auprès du registre compétent, notamment le Registre de Societats Mercantils.
- Obtenir le NRT, l’identifiant fiscal andorran.
- Demander l’autorisation d’activité commerciale, souvent appelée Obertura de Comerç, auprès du Comú concerné.
- Effectuer, si nécessaire, l’inscription à la CASS pour les obligations sociales.
Documents à préparer en amont
Les documents varient selon le profil, mais le socle reste assez prévisible : passeport ou carte d’identité, justificatif de domicile, casier judiciaire dans certains cas, CV ou présentation professionnelle, organigramme de détention, description de l’activité, business plan simplifié, origine des fonds et statuts envisagés.
Pour une activité internationale, il est utile d’ajouter des contrats prévisionnels, une présentation des clients ciblés, le modèle de facturation, les pays d’intervention et les outils de gestion. Ces éléments rassurent particulièrement les banques, qui examinent la conformité avant d’accepter le dépôt du capital.
Budget réel : capital social, frais publics, notaire et banque
Le coût d’une création société Andorre doit être lu en deux colonnes : le capital social, qui appartient à la société une fois libéré, et les frais de constitution, qui sont réellement consommés. Pour une SL ou une SLU, le capital social minimum est de 3 000 €. Pour une SA, il atteint 60 000 €.
| Poste | Montant indicatif | Commentaire |
|---|---|---|
| Réservation de dénomination sociale | 5,69 € | Coût administratif estimé |
| Frais de notaire | 600 € à 1 200 € | Signature de l’acte public de constitution |
| Immatriculation SARL | 1 016,67 € | Pour une structure de type SL/SARL |
| Immatriculation SA | 1 480,54 € | Pour une société anonyme |
| Inscription au registre du commerce | 450 € | Estimation courante |
| Taxes gouvernementales diverses | 250 € | Selon le dossier |
| Coût administratif minimum hors capital et banque | 2 500 € à 3 500 € | Hors accompagnement spécifique |
À ces montants peuvent s’ajouter les honoraires de conseil, la domiciliation, la traduction éventuelle de documents et les frais bancaires. Le délai global de finalisation est souvent d’environ 2 mois lorsque le dossier est complet, mais la banque peut allonger le calendrier si elle demande des justificatifs supplémentaires.
Banque, fiscalité et obligations : les points à sécuriser après la création
L’ouverture du compte bancaire est l’un des passages les plus sensibles. Les banques andorranes appliquent des procédures strictes de conformité : identification des bénéficiaires effectifs, origine des fonds, activité réelle, pays des clients, volumes prévus et cohérence économique du projet.
| Banque | Frais d’étude estimés | Tenue de compte estimée | Dépôt initial souvent observé |
|---|---|---|---|
| Creand | 500 € à 2 500 € | 60 € à 100 € par trimestre | Souvent supérieur à 5 000 € |
| MoraBanc | 250 € à 2 000 € | 50 € à 90 € par trimestre | Souvent supérieur à 3 000 € |
| Andbank | 500 € à 2 000 € | 80 € à 150 € par trimestre | Pouvant dépasser 15 000 € |
Sur le plan fiscal, l’Andorre est attractive : l’impôt sur les sociétés est plafonné à 10 %, et le taux général de l’IGI, l’impôt indirect général, est de 4,5 %. Cette fiscalité basse doit néanmoins s’accompagner d’une gestion régulière : comptabilité, déclarations, conservation des justificatifs, respect des règles sociales et cohérence avec les conventions de double imposition applicables.
Une société andorrane bien structurée n’est pas un simple outil de réduction d’impôt. Elle doit avoir une logique économique : clients, contrats, moyens, gouvernance, compte bancaire fonctionnel et décisions documentées. Si vous vivez en France tout en ayant une société en Andorre, l’enjeu principal est d’éviter que la société soit considérée comme dirigée depuis la France.
Avant de vous lancer, faites valider le projet par un professionnel connaissant à la fois le droit andorran et la fiscalité de votre pays de résidence. C’est souvent cette analyse préalable, plus que le choix entre SL et SA, qui détermine la solidité réelle du montage.



