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  • Photo du rédacteurNadia Lounici

La toque du maître n’est pas la toque du chef

Dernière mise à jour : 23 mars 2021

Il y a quelques semaines, je me suis rendue au Palais (i. e. l’ « ancien Palais » situé sur l’Ile de la Cité à Paris) pour aller « relever la toque ».


Comme tout jeune avocat, la première fois qu’il m’a été demandé d’aller « relever la toque », je me suis sentie légèrement démunie. Bien que les souvenirs de mes cours de déontologie et de quelques stages me permissent de comprendre de quoi il s’agissait, je n’avais qu’une vague idée de ce que j’allais devoir faire en pratique.


Si l’on s’intéresse en effet de près à l’expression, il est difficile a priori d’en saisir la portée … !


Aux termes de l’expression, je comprends que ma mission implique tout d’abord un déplacement de ma personne d’un point A à un point B. Reste encore à déterminer quel est ce point B et la chose n’est pas si aisée puisqu’elle semble avoir fait débat en 2018, quelques semaines avant l’ouverture au public du « nouveau » Palais de Justice situé Porte de Clichy dans le 17ème arrondissement de Paris[1]. Plusieurs avocats s’étant interrogés sur l’existence ou non d’une toque dans le vestiaire des avocats du « nouveau » Palais de justice, un tweet du compte du barreau de Paris leur aurait alors rappelé que la toque resterait sur l’Ile de la Cité. La place, en effet, manquerait dans le nouveau bâtiment présenté par la ville de Paris comme « le plus grand complexe de tribunaux de droit en Europe » d’une « surface utile » de pas moins de 62 000 m2 et d’une hauteur de 160 mètres[2], soit la moitié de la hauteur de la Tour Eiffel.


Mise en mouvement du point A au point B désormais déterminé (attention, l’ancien Palais reste très vaste…), la question de la nature de cette « toque » se pose : qu’est-ce donc ? Je pense immédiatement à ce grand chapeau blanc cylindrique sans bords que portent les chefs cuisiniers. Ce n’est pas cela, évidemment. Le dictionnaire de l’Académie Française définit ce nom féminin comme une « sorte [le mot, là encore, est vague] de coiffure sans bords ou à très petits bords » et précise en guise d’exemple que « les avocats, les juges portent la toque lorsqu’ils sont en fonctions ». Une rapide recherche sur Google me permet de préciser l’image que je dois me faire de cet objet : un petit chapeau en premier lieu cylindrique, puis cubique, sans bords de couleur noir dont le sommet est ornementé d’une sorte de pompon, noir également, qui peut être composé de différents galons d’or ou d’argent[3]. La voilà !


Je dois donc me déplacer au 10, boulevard du Palais dans le 1er arrondissement de Paris pour « relever », c’est à dire, mettre debout, noter, ramasser, changer, libérer, un chapeau cylindrique noir. Quelle drôle d’idée !


En réalité, si la « toque » désignait habituellement ce drôle de chapeau porté notamment par les avocats, elle signifie simplement aujourd’hui et en substance « boite aux lettres des avocats ». D’un beau chapeau noir, l’on passe à une simple boite aux lettres. Le raccourci est rapide et brutal. Comment a-t-on pu en arriver là ?


À l’époque où jadis les avocats portaient la toque (le chapeau, pas la boite aux lettres…), il était d’usage de déposer les courriers leur étant destinés dans la boite en carton de leur toque. Il semblerait d’ailleurs que cette pratique du dépôt de courriers dans les boites en carton de toque se soit perpétuée jusque dans les années 70 au sein du Barreau de Paris[4] ! Le chapeau, lui, est en revanche tombé en désuétude même s’il fait toujours partie de la tenue traditionnelle que doit porter un avocat.


A Paris, « aller relever la toque » signifie donc vous déplacer au 10, boulevard du Palais à Paris (75001) pour aller chercher votre courrier dans une case que vous trouverez, difficilement, au milieu de milliers d’autres cases dans un espace d’environ 700 m2 (le Barreau de Paris comptait au 1er janvier 2019, 19 018 avocats).


Heureusement, les casiers sont numérotés : il s’agit de votre numéro de toque. Mais si cette démarche vous effraie malgré tout, une nouvelle recherche rapide sur Google m’a permis de découvrir que désormais, il existe des entreprises qui se chargent de cette « corvée » ou « promenade » (selon vos affinités avec la chose) et vous livre, parfois même exclusivement à vélo si vous êtes « écolo », votre précieux courrier.



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