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Droit des affaires & sociétés

Société au nom propre : entreprise individuelle, micro-entreprise et vrais critères de choix

Laura Muller 9 min de lecture
Societe au nom propre : bureau et dossier “NOM PROPRE” pour entreprise individuelle et micro-entreprise

Dans le langage courant, la société au nom propre désigne en réalité une activité exercée en entreprise individuelle. Juridiquement, il ne s’agit pas d’une société au sens strict, car il n’existe pas de personne morale distincte. Vous agissez en votre nom. Le statut séduit pour sa simplicité, son coût réduit et sa souplesse, mais il mérite d’être comparé à l’EURL ou à la SASU avant de se lancer.

Ce que recouvre vraiment une société au nom propre

Créer une activité en nom propre, c’est devenir entrepreneur individuel. L’entreprise et l’entrepreneur ne forment pas deux entités séparées comme dans une société. Il n’y a donc ni statuts à rédiger, ni capital social à déposer, ni associés à réunir. Vous exercez directement sous votre identité professionnelle, avec des démarches plus légères dès le départ.

Vérification des notions clés

Cette simplicité explique son succès : selon l’INSEE, 63% des entreprises créées en 2023 sont des entreprises individuelles. Le statut convient bien aux activités de conseil, artisanales, commerciales, libérales ou de prestation de services qui démarrent avec peu de frais fixes et une organisation simple à gérer.

Entreprise individuelle et micro-entreprise : ne pas confondre

La micro-entreprise n’est pas une forme juridique différente. C’est un régime fiscal et social simplifié de l’entreprise individuelle. Autrement dit, un micro-entrepreneur exerce lui aussi en nom propre, mais avec des règles allégées pour déclarer son chiffre d’affaires, calculer ses cotisations et tenir sa comptabilité.

Ce régime reste plafonné. Les seuils de chiffre d’affaires de la micro-entreprise sont de 188 700 € pour les activités de vente et 77 700 € pour les prestations de services, avec une révision annoncée à 203 100 € et 83 600 € pour 2026. La franchise de TVA s’applique jusqu’à 85 000 € pour la vente et 37 500 € pour les services. Au-delà, il faut prévoir un changement de régime ou une gestion plus structurée.

Les atouts réels du nom propre, et les limites à regarder en face

Le principal avantage de l’entreprise individuelle tient à son accessibilité. Les formalités sont réduites, la création coûte peu et la gestion quotidienne reste plus légère qu’en société. Pour une activité que l’on veut tester, lancer seul ou développer progressivement, c’est souvent le chemin le plus direct. Le fonctionnement est lisible, sans formalisme lourd, et cela rassure au moment de démarrer.

Comparatif visuel de la societe au nom propre, de l’EURL et de la SASU
Comparatif visuel de la societe au nom propre, de l’EURL et de la SASU
  • Aucun capital social n’est exigé au démarrage.
  • La création se fait en quelques jours via le guichet unique de l’INPI.
  • Le coût de création va généralement de 0 € pour une activité libérale à environ 25 € pour une activité commerciale.
  • Les décisions se prennent seul, sans assemblée ni formalisme d’associés.

Mais cette liberté a aussi son revers. L’entreprise individuelle est moins adaptée si vous prévoyez d’intégrer des associés, de lever des fonds, de transmettre facilement l’activité ou de construire une structure avec une séparation nette entre rémunération, dividendes et patrimoine professionnel. La transmission d’une entreprise individuelle est souvent plus complexe que celle de parts ou d’actions de société. Le statut est donc souple, mais il peut devenir étroit quand l’activité prend de l’ampleur.

Une protection du patrimoine améliorée, mais pas absolue

Depuis la loi du 14 février 2022, le patrimoine personnel de l’entrepreneur individuel est automatiquement séparé de son patrimoine professionnel. C’est un changement majeur : en principe, les créanciers professionnels ne peuvent saisir que les biens utiles à l’activité professionnelle. La séparation est donc réelle, et elle a changé la lecture du risque pour beaucoup de créateurs.

Cette protection ne doit toutefois pas être comprise comme un bouclier total. Certaines situations peuvent fragiliser l’entrepreneur : garanties personnelles données à une banque, confusion entre dépenses privées et professionnelles, dettes fiscales ou sociales, ou encore mauvaise tenue des justificatifs. Ouvrir un compte dédié, conserver des factures claires et éviter les mélanges de trésorerie reste indispensable.

Avec le temps, une activité indépendante construit aussi un fichier clients, un nom commercial connu localement, des avis, des méthodes de travail et parfois des actifs numériques. En nom propre, cette valeur reste très liée à la personne de l’entrepreneur. C’est simple au départ, mais cela peut compliquer une revente ou une transmission si rien n’a été formalisé. Documenter les processus, les contrats et les éléments de valeur permet de rendre l’activité plus lisible si elle doit évoluer.

Fiscalité et cotisations : le vrai coût de l’entreprise individuelle

Par défaut, l’entreprise individuelle relève de l’impôt sur le revenu. Les bénéfices sont imposés dans la catégorie des BIC pour les activités commerciales, artisanales ou industrielles, ou des BNC pour les activités libérales et certaines prestations intellectuelles. En micro-entreprise, l’imposition repose sur le chiffre d’affaires avec un abattement forfaitaire selon l’activité. Le calcul paraît simple, mais il faut bien distinguer chiffre d’affaires et bénéfice réel.

Si vous sortez du régime micro ou si votre activité nécessite une comptabilité plus précise, vous pouvez relever d’un régime réel. Le régime réel simplifié concerne notamment les entreprises dont le chiffre d’affaires reste inférieur à 945 000 € pour la vente ou 286 000 € pour les services. Au-delà, le régime réel normal s’applique. Le niveau d’exigence comptable augmente alors, mais il devient possible d’affiner l’analyse des charges et de la rentabilité.

L’option pour l’impôt sur les sociétés

Depuis 2022, l’entrepreneur individuel peut opter pour l’impôt sur les sociétés. Cette option peut être pertinente lorsque les bénéfices sont importants et que l’entrepreneur ne prélève pas tout pour vivre. Le taux d’IS est de 15% jusqu’à 42 500 € de bénéfice, puis de 25% au-delà. Dans certains cas, cela permet de mieux piloter ce qui est réinvesti dans l’activité.

Cette option doit être étudiée avec prudence, car elle devient irrévocable après 5 ans. Elle change aussi la logique de rémunération, les obligations comptables et la lecture globale de la rentabilité. Dans une activité encore instable, la simplicité de l’impôt sur le revenu peut rester préférable. Le bon choix dépend donc moins d’une règle générale que du rythme réel de l’activité.

Le régime social de l’entrepreneur

L’entrepreneur individuel relève du régime des travailleurs non salariés. Les cotisations sociales représentent environ 45% du bénéfice en entreprise individuelle classique, même si le calcul varie selon l’activité, le revenu et les exonérations éventuelles. En micro-entreprise, elles sont calculées plus simplement sur le chiffre d’affaires encaissé, selon un taux propre à la nature de l’activité.

La couverture sociale existe bien, mais elle diffère du régime général d’un président de SASU assimilé salarié. Le choix ne doit donc pas se faire uniquement sur les cotisations. Il faut aussi regarder la retraite, la prévoyance, les arrêts de travail et le niveau de revenu attendu. À revenu comparable, l’écart de protection peut peser autant que l’écart de charges.

Entreprise individuelle, EURL ou SASU : choisir selon votre trajectoire

Le bon statut dépend moins d’une préférence administrative que de votre projet réel. Une activité solo, rentable rapidement, sans besoin d’associé ni investissement lourd, peut très bien démarrer en entreprise individuelle. À l’inverse, une activité qui doit accueillir un associé, lever des fonds, embaucher vite ou organiser une transmission gagne souvent à passer par une société. Le statut doit accompagner la trajectoire, pas la freiner.

Critère Entreprise individuelle EURL SASU
Création Très simple, peu coûteuse Statuts et capital à prévoir Statuts plus souples mais plus techniques
Associés Impossible Un associé, évolutif en SARL Un associé, évolutif en SAS
Fiscalité IR par défaut, option IS possible IR ou IS selon les cas IS par défaut, options possibles
Protection sociale Travailleur non salarié Gérant associé souvent TNS Président assimilé salarié
Transmission Plus délicate Parts sociales transmissibles Actions transmissibles

Pour trancher, posez-vous trois questions simples : voulez-vous rester seul durablement ? Vos bénéfices seront-ils entièrement consommés ou partiellement réinvestis ? Votre activité a-t-elle vocation à être cédée, associée ou structurée autour d’une marque indépendante de votre personne ? Les réponses orientent souvent clairement vers le nom propre ou vers la société, sans besoin de complexifier davantage la décision.

Créer son activité en nom propre sans se piéger dès le départ

La création se fait sur le guichet unique de l’INPI. Vous devez renseigner votre identité, votre adresse, la nature de l’activité, le régime fiscal souhaité et, selon les cas, fournir des justificatifs complémentaires. Le délai est généralement de quelques jours, à condition que le dossier soit complet. Une demande bien préparée évite les retards inutiles.

  1. Définir précisément l’activité exercée et vérifier si elle est réglementée.
  2. Choisir entre micro-entreprise et régime réel selon le chiffre d’affaires prévu et les charges attendues.
  3. Anticiper la TVA, notamment si vous risquez de dépasser les seuils de franchise.
  4. Séparer clairement les flux personnels et professionnels.
  5. Réexaminer le statut dès que l’activité change d’échelle.

Le nom propre est souvent un excellent point de départ, à condition de ne pas le considérer comme un choix figé. Si votre chiffre d’affaires augmente, si vous embauchez, si vous voulez vous associer ou si la fiscalité devient moins favorable, le passage vers une EURL ou une SASU peut devenir plus cohérent. Le bon statut est celui qui accompagne votre activité aujourd’hui sans bloquer celle de demain.

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