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Article 606 du Code civil en bail commercial : qui paie la toiture, la façade et l’ascenseur ?

Laura Muller 8 min de lecture
Article 606 du code civil bail commercial : toiture, façade, ascenseur

Dans un bail commercial, l’article 606 du Code civil trace la limite entre les grosses réparations, en principe supportées par le bailleur, et les réparations d’entretien, généralement mises à la charge du locataire. Le point sensible n’est pas le texte lui-même, mais la qualification concrète des travaux, qu’il s’agisse d’une toiture, d’une façade, d’un ascenseur ou d’une mise aux normes.

Ce que vise réellement l’article 606 du Code civil

L’article 606 du Code civil vise les gros murs, les voûtes, le rétablissement des poutres et les couvertures entières. Le texte mentionne aussi les murs de soutènement, les digues et les murs de clôture en entier. Il précise enfin que les autres réparations relèvent de l’entretien.

Quiz : L’article 606 du Code civil

Cette rédaction ancienne renvoie à une logique simple. Sont concernées les interventions lourdes qui touchent à la structure, à la solidité de l’immeuble ou au clos et couvert. Une réparation qui maintient le local en état d’usage relève plutôt de l’entretien. Une opération qui remet en état un élément essentiel de l’immeuble peut entrer dans les grosses réparations.

Grosses réparations et entretien : la bonne grille de lecture

Pour éviter les confusions, il faut regarder d’abord la nature des travaux, pas le montant de la facture. Une dépense élevée n’est pas automatiquement une grosse réparation au sens de l’article 606. À l’inverse, une intervention structurelle peut entrer dans cette catégorie même si elle ne concerne qu’une partie visible limitée du local.

La vraie question est donc la suivante : les travaux touchent-ils un élément porteur, durable ou indispensable à la conservation de l’immeuble ? Si oui, l’analyse se rapproche de l’article 606. S’agit-il seulement de maintenir, réparer ponctuellement, nettoyer, remplacer une pièce d’usure ou assurer l’exploitation quotidienne du local ? On se situe alors plutôt du côté de l’entretien ou des réparations locatives.

Qui paie les grosses réparations dans un bail commercial ?

La logique de base est favorable au preneur : les grosses réparations de l’article 606 sont à la charge du bailleur. Le locataire, lui, supporte les réparations d’entretien, les menus travaux et les dépenses liées à l’usage normal des locaux commerciaux. Cette distinction pèse directement sur le coût réel du bail commercial.

Avant de signer ou de renouveler un bail, il ne suffit pas de vérifier le loyer. Il faut aussi lire les charges récupérables, les travaux transférés au locataire et les éventuelles exclusions. Une clause mal rédigée peut transformer un local attractif en engagement financier risqué, surtout si l’immeuble est ancien ou si des travaux lourds sont déjà prévisibles.

Le rôle décisif de la cause des travaux

La qualification juridique dépend aussi de l’origine du désordre. Des réparations dues à la vétusté ou à la force majeure ne se traitent pas comme des dégradations liées à un défaut d’entretien du locataire. Si le preneur a négligé des obligations d’entretien courant et que cette négligence a aggravé l’état du bien, le bailleur pourra tenter de lui imputer tout ou partie du coût.

Il faut donc regarder l’historique du bâtiment, pas seulement le devis final. Une infiltration en toiture peut venir d’une couverture entière arrivée en fin de vie, d’un défaut ponctuel de nettoyage des évacuations d’eau ou d’une malfaçon antérieure. Le résultat juridique ne sera pas le même. Dans ce type de dossier, les états des lieux, les rapports techniques, les photos datées et les courriers d’alerte deviennent des pièces essentielles.

Loi Pinel : la liberté contractuelle n’est plus totale

La loi Pinel du 18 juin 2014 a fortement encadré la répartition des charges et travaux dans les baux commerciaux. Pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 5 novembre 2014, il n’est plus possible de refacturer au locataire les grosses réparations relevant de l’article 606 du Code civil. Cette règle limite les clauses qui, auparavant, transféraient largement les travaux au preneur.

Cette évolution ne signifie pas que le locataire ne paie plus aucun travail. Les réparations d’entretien, les réparations locatives, certaines mises aux normes liées à son activité ou certains équipements propres à son exploitation peuvent rester à sa charge. Mais les grosses réparations structurelles doivent rester du côté du bailleur, même si le bail prévoit autre chose.

L’inventaire prévu par l’article L.145-40-2 du Code de commerce

L’article L.145-40-2 du Code de commerce impose une meilleure transparence sur les charges, impôts, taxes et redevances liés au bail commercial. Il prévoit un inventaire précis des catégories de charges et travaux, ainsi qu’un état prévisionnel des travaux envisagés dans les 3 prochaines années et un état récapitulatif des travaux réalisés dans les 3 années précédentes.

Pour le locataire, cet inventaire sert à anticiper les dépenses et à repérer les travaux lourds déjà programmés. Pour le bailleur, il oblige à formaliser clairement la répartition des coûts et limite les contestations ultérieures. C’est aussi un bon moyen d’éviter qu’une dépense annoncée trop tard se transforme en blocage au moment du paiement.

Travaux fréquents : ce qui relève ou non de l’article 606

Les litiges naissent souvent sur des cas concrets. Une toiture, une façade ou un ascenseur ne relèvent pas automatiquement de l’article 606 : tout dépend de l’ampleur de l’intervention, de l’élément concerné et de l’effet des travaux sur la structure ou la conservation de l’immeuble.

Type de travaux Qualification la plus fréquente Point à vérifier
Réfection complète d’une toiture Grosses réparations La couverture entière et l’étanchéité générale sont-elles concernées ?
Remplacement de quelques tuiles ou nettoyage des gouttières Entretien S’agit-il d’une intervention ponctuelle liée à l’usage courant ?
Réparation de gros murs ou d’éléments porteurs Grosses réparations La solidité de l’immeuble est-elle en jeu ?
Ravalement purement esthétique Cas limite ou entretien selon le bail Le ravalement traite-t-il une dégradation structurelle ou seulement l’aspect ?
Remplacement d’une chaudière ou d’une climatisation Souvent hors article 606 L’équipement est-il propre à l’exploitation du locataire ou indissociable de l’immeuble ?
Travaux sur parties communes en copropriété À analyser au cas par cas La quote-part concerne-t-elle des grosses réparations ou de l’entretien ?

Les équipements modernes demandent une analyse plus fine

L’article 606 a été rédigé avec un vocabulaire de bâtiment traditionnel : murs, voûtes, poutres, couvertures. Les locaux commerciaux actuels comportent pourtant des ascenseurs, des réseaux techniques, des systèmes de climatisation, des rideaux métalliques, des installations électriques complexes ou des équipements de sécurité. Leur traitement dépend souvent de leur lien avec l’immeuble et avec l’activité du locataire.

Par exemple, une mise aux normes électrique imposée par l’activité spécifique du preneur peut rester à sa charge si le bail le prévoit clairement. En revanche, des travaux indispensables à la conservation de l’immeuble ou à sa structure ne peuvent pas être transférés au locataire par une formule générale. La rédaction de la clause compte donc autant que la nature technique du chantier.

Clauses du bail et jurisprudence : sécuriser avant le litige

La jurisprudence compte, car la liste de l’article 606 ne couvre pas toutes les situations rencontrées en pratique. Depuis le 13 juillet 2005, la Cour de cassation retient une lecture plus extensive des grosses réparations, centrée sur la structure et la solidité de l’immeuble. Cette approche a été confirmée dans des décisions postérieures, notamment le 21 avril 2022.

Autrement dit, les juges ne s’arrêtent pas toujours à une lecture littérale du texte. Ils examinent la nature réelle des travaux, leur ampleur, leur cause et les clauses du bail. C’est pourquoi une clause travaux imprécise, trop générale ou contraire aux règles d’ordre public peut devenir une source de contentieux.

Les clauses à relire avant de signer

Une bonne clause travaux doit distinguer clairement les réparations d’entretien, les grosses réparations, les mises aux normes, les travaux liés à la vétusté et les dépenses relatives aux parties communes. Elle doit aussi respecter l’interdiction de refacturer au preneur les grosses réparations de l’article 606 pour les baux concernés par la loi Pinel.

  • Vérifiez les formules générales du type « tous travaux à la charge du preneur », souvent trop larges pour être appliquées telles quelles.
  • Identifiez les travaux déjà prévus grâce à l’inventaire et aux états prévisionnels.
  • Distinguez parties privatives et parties communes, surtout en copropriété commerciale.
  • Conservez les preuves d’entretien pour éviter qu’un défaut de suivi soit invoqué contre le locataire.
  • Faites préciser les mises aux normes selon qu’elles relèvent de l’immeuble, de l’activité exercée ou d’une obligation administrative.

En cas d’enjeu financier important, l’analyse du bail par un avocat ou un professionnel du droit immobilier commercial reste prudente. La qualification d’un chantier n’est jamais théorique : elle détermine la charge finale, la négociation du bail et parfois la rentabilité même de l’exploitation.

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